• Benoit Renart

COVID-19 et médias : que retenir des attentats de 2015 ?

D’un point de vue médiatique, la situation que nous vivons en ce moment avec le Coronavirus COVID-19, me fait penser à celle vécue, cinq ans plus tôt, lors des attentats du 13 novembre 2015.



Car comme lors de toute grande actualité mondiale majeure de cette ampleur, les médias s'en sont accaparée, informent et surinforment au point que les fils d’info n’ont plus qu’une seule tonalité. Ce mercredi 25 mars 2020 aurait dû être le grand jour de la procrastination, mais aussi l'actualité du printemps, des beaux jours qui donnent le sourire aux professionnels du tourisme. Ou encore quelques premiers sujets “chocolat” pour préparer Pâques. Le changement d’horaire qui arrive dimanche et la sempiternelle question de son intérêt ; les médias auraient alors repris leurs sujets de 2019, 2018, 2017… pour revenir sur l’histoire de cette pratique, son effet bénéfique ou néfaste pour la santé, l’environnement… Bref, les marronniers habituels, pour lesquels, nous professionnels des RP, nous préparons chaque année pour y positionner nos clients.


Mais ce mois de mars 2020, comme ce mois de novembre 2015, annule tout ce qui a été préparé. Place à l’imprévu, la désorganisation, l’impossibilité d’anticiper…


Je vous propose un coup d’oeil dans le rétro : comment avons-nous géré l’espace médiatique le 13 novembre 2015 et les jours d’après ?



Les deux sujets sont très différents. D’un côté, il y a une guerre de religion, de l’autre une guerre sanitaire. Mais dans les deux cas, le caractère anxiogène s'est fait ressentir, et la peur d’être touché personnellement. En 2015, nous nous demandions chaque jour si une nouvelle attaque n’allait pas avoir lieu. Il n’y avait pas de confinement, mais il était devenu impensable de faire ses courses dans les centres commerciaux, de sortir dans des lieux publics… La peur avait pris le pas sur la joie de vivre. Et Noël approchait.


A cette époque, je travaillais pour Ankama, sur la sortie de leur premier film d’animation “Dofus, livre 1 : Julith”. Ankama avait pour l’occasion rhabillé la Grand' Place de Lille à ses couleurs en y implantant un marché de noël atypique et inédit, au pied de la Grand' Roue. Mais à partir du 13 novembre 2015, les médias ont changé leur fusil d’épaule. La question d’annuler les festivités s’est posée. Chaque demande de reportages / d’interviews était devenue une véritable épreuve et se transformait en sujet d’enrichissement sur les attentats. Nous nous y étions préparés et avons anticipé les prises de parole en ce sens. “Pourquoi n’avez-vous pas annulé votre présence ?” - “Quels sont les dispositifs que vous avez mis en place en cas de risque terroriste ?”...


Cet espace temps était à la fois très rapide et très long à vivre. Car en dehors d’Ankama, d’autres actualités clients étaient paralysées par cette actualité. Pour la majorité, nous avons repoussé la prise de parole à janvier 2020. Car l’espace médiatique était totalement bouché. Les journalistes n’étaient plus attentifs à la nouveauté, ils étaient écartelés entre leur devoir de journaliste et leurs propres peurs de citoyens. Tout comme pour le Coronavirus Covid-19.


Alors, pendant 15 jours à 3 semaines, ce fut sourdine. Le téléphone ne sonnait presque plus à l’agence. Sauf pour les entreprises impliquées de près ou de loin, comme les transports publics par exemple. Puis, il y a eu le temps de l’apaisement, le bilan de l’actualité chaude faisant place petit à petit à quelques sujets plus heureux, libérateurs d’esprit. La France en avait bien besoin. La sensation d’un confinement se faisait ressentir. Les journalistes ont commencé à rechercher quelques sujets “prétexte” pour recommencer à sourire, à espérer… Le téléphone s’est remis à sonner. Nous avons relancé la machine à communiqué de presse. Nous avons adapté nos sujets et pris le temps, en concertation avec les clients, de reprendre les échanges avec les journalistes. Ce n’est réellement qu’après la période de noël que tout est rentré dans l’ordre. Et que la vie a repris son cours naturel.


Aujourd’hui, avec la situation que nous vivons, il n’y a qu’une chose à faire : patienter et se préparer


Cela peut paraître très long quand on vit l’attente en direct, mais lorsque le confinement sera levé et l’étape du bilan achevée, la vie reprendra et le temps passé paraîtra très court. D’ici là, il est essentiel d’anticiper la reprise. Les médias reviendront naturellement vers leurs sources habituelles d’informations, et il faudra être prêt à ce moment-là à répondre, afin de ne pas rater le train. Dans 3 mois, ce sont les vacances d’été qui se profilent. Les mensuels y sont déjà. Les quotidiens pas encore, mais ils le seront bientôt.


Par ailleurs, d'ici là, il y a aura des périodes de creux. Lorsque le gouvernement ne donnera plus d'informations nouvelles pendant un certain temps notamment. Ce matin, par exemple, Europe 1 a réalisé une chronique sur les personnalités préférées des 7 - 14 ans. Une information du Journal de Mickey... Il y a donc des moments de creux sur lesquels il est possible de s'y engouffrer.


Il y aura sans doute un après Coronavirus, dans la manière de communiquer


Les récents défis environnementaux, sociétaux et sociaux ont obligé les entreprises à revoir leur positionnement. De la nouvelle ère de la transparence nous devrions passer à l’ère de la proximité. Mais aussi à l’ère de "rien de plus que maintenant". Souvenons-nous, durant les attentats, un élan formidable de solidarité et de patriotisme est né. Cinq ans plus tard, les tensions communautaires sont revenues, le chacun pour soi est reparti de plus bel. A suivre...

29 vues0 commentaire